CITOYENNETÉ = UN PAPIER OU UNE ATTITUDE?

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« On peut considérer Collectactif comme une école.  On apprend beaucoup. (…) La prise de conscience sur le gaspillage, le respect des gens en précarité. (…) A travers ce projet on installe un autre système (…) Il y a un message derrière nos actions: ne pas rester dans la masse mais t’impliquer dans un projet de citoyenneté, donner un exemple pour les couches précaires.

Interview avec les 5 sans papiers et le seul ‘avec papiers’ de CollectActif, au mois de juin 2015 mais écrite maintenant.

(Photo: tables faites dans le cadre de leur nouvelle action ‘PaletActif’, à partir de palettes récupérés, sur la terrase de El Metteko.)

“Collectactif a été initié par Pigment vzw, en 2013, pendant l’accueil hivernal des sans papiers. Abdel était engagé par Pigment pour le faire. A ce moment on a organisé un groupe autour de la récupération alimentaire. On faisait des repas et des déjeuners à Pigment. Et des collis alimentaires. Notre projet est une lutte contre la précarité et le gaspillage.”
“Cela attire des gens qui ne mangent pas bien. C’était donc une opportunité de faire quelque chose pour les gens et avec les gens. Nous sommes devenus autonomes.”
“Après on a cherché des partenariats. On a commencé avec Communa. Puis on a été contacté par Kultureghem et par les Abatoirs. Ils voulaient que la collecte alimentaire se passait dans la dignité. On a initié le projet ‘Collectmet’ pour centraliser les invendus.”
“On collecte moyennement 1 ton d’invendus par semaine, seulement auprès de 4 marchands. On distribue chaque dimanche 110 collis. On ne fait pas de sélection. Il n’y a pas de critères. Des personnes viennent chercher gratuitement.”
“Maintenant nous avons d’autres objectifs. La table d’hôte est une opportunité pour rassembler des groupes différents autour du gaspillage, pour sortir de l’isolement.
“On ne donne pas; on partage. Et on rigole, on discute. Et on ne prend pas de photos. Télé Bruxelles et machins peuvent nous filmer. Mais pas les gens.”Une école à 6
“Au sein du groupe, il y a des gens qui sont diplomés. Il y a des techniciens. Chaqu’un a son bagage. Mais on peut considérer Collectactif comme une école.  On apprend beaucoup: faire un planning par exemple. Cela nous a ouvert la conscience. Déjà sur comment cuisiner. Et savoir demander, communiquer, être créatif, s’organiser.”
“Et s’informer! La prise de conscience sur le gaspillage, le respect des gens en précarité.”
“Et on a installé une solidarité. A travers ce projet on installe un autre système, un système pas verticale.”
“Le groupe de 6 est là depuis le début. Nous sommes les 6 fondateurs et nous faisons la coordination jusqu’aujourd’hui. Nous sommes fermés maintenant, en tant que groupe, pour garder la dynamique.”
“Au début on a essayé d’ouvrir, avec des noirs, des Afgans… mais certaines personnes ne venaient qu’une seule fois. Cela n’a pas marché. C’est plus facile de s’ouvrir pour un coup de main que de s’ouvrir à des personnes qui veulent vraiment faire partie du groupe. Entrer dans le groupe, ça demande d’être encadré, parce que la personne doit entrer dans une dynamique, une philosophie…”
“Mais le but à terme est de diversifier avec des femmes.”
“Nous nous réunissons 3 jours par semaine: le mardi, le mercredi et le dimanche. Au sein du groupe il n’y a pas d’obligation d’être là toujours mais c’est quand même crucial.”Citoyenneté = un papier ou une attitude?
“Nous sommes des sans papiers. Nous avons un loyer à payer. Il y a un cycle à travers les actions des sans papiers dans ce pays: les sans papiers s’organisent, on fait des actions, l’état fait une régularisation et puis il y a une stagnation dans le mouvement.”
“Il y a un message derrière nos actions: ne pas rester dans la masse mais t’impliquer dans un projet de citoyenneté, donner un exemple pour les couches précaires. On veut changer la mentalité. On ne travaille pas forcement par les médias mais à travers la société civile ou d’autres institutions.”
“C’est comme si on a une maladie, nous, les sans papiers. Mais nous, on se cache pas. Pour l’instant on n’a pas des problèmes.”
“Par rapport aux autorités il y a un bloccage. Par ex la ministre en charge de la pauvreté de la communauté flamande ne voulait pas collaborer avec nous pour ses repas 1 euro. “
“Dans son projet, ça reste un collecte pour les pauvres. Mais nous, on est pas dans cette philosophie. On est dans le respect pour l’être humain.”
“On n’a pas besoin de l’état. On n’est pas payé. Nous, on fait la cohésion sociale gratuitement. Notre public, ça va des profs universitaires, des flamands, jusqu’au sans papiers.”
“Par contre, on vise de faire une action avec Bruxelles Proprêté ou avec Bruxelles Environnement. Nous avons déjà fait une table d’hôte avec Bruxelles Environnement.”
“Un soutien politique en terme de locaux, de logistique, serait le bienvenu. Ce serait chouette d’avoir un stand à la Fête d’Environnement par exemple. C’est un grand évenement.”
“Mais on ne veut pas de clauses. On ne veut pas être obligés.”
“Même si l’état doit payer des gens pour collecter les invendus, cela rapportera encore de l’argent. Ils pouvaient donner leur budget à des organisations qui ont des projets sur papier. Il y a beaucoup d’associations dans les bureaux. Mais quel travail font-ils sur le terrain?”

Elargir et changer le monde
“Le vrai gaspillage ne se passe pas aux marchés mais entre la ferme et les supermarchés. Mais il faudra convaincre les gens de donner. On pourrait toujours transformer ça en compôte. Et composter le reste pour qu’ils n’aient pas besoin d’engrais dans l’agriculture. Ce sera zéro gaspillage.”
“On pourrait collaborer avec d’autres associations ou d’autres collectifs. On travaille sur une petite échelle maintenant mais on veut bien commencer un réseau au niveau de Bruxelles. On essaie de commencer petit avec des gens comme nous, pour après élargir.”
“Il nous faut des contacts avec des groupes qui peuvent venir chercher des quantités. Il nous faut des savoirs faire pour faire du compôte, des confitures… . Il nous faudra prendre contact avec des personnes agées. Sinon, ce sont des savoirs qui vont se perdre.”

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